Arléo 2026

En 2026, pour sa troisième édition, Arléo a choisi d'explorer la thématique
« Génération fertile », inspirée du chouchou, cette plante qui recouvre le cirque de Salazie.

Comme cette liane qui s'accroche, se propage et se régénère, le festival a interrogé ce que recouvrir veut dire : non pas seulement effacer, mais transmettre, stratifier, fertiliser. Une manière de penser l'art comme un terreau, d'où peut jaillir une vitalité nouvelle.

Du 8 au 10 mai 2026, à Hell-Bourg et dans le cirque de Salazie, les visiteurs ont pu découvrir :

- Plus de 50 artistes de La Réunion, de Madagascar, de Maurice, de Singapour et de l'Hexagone

- 4 résidences en territoire scolaire

- 8 rhizomes d'Arléo : des événements artistiques dans les îlets du cirque

- 1 site Urbex investi : l'ancien RSMA

- 3 œuvres collaboratives avec les CASE et EVS du cirque

Le "off" d'Arléo

En marge de la programmation, le "off" d'Arléo a proposé deux façons de parcourir Hell-Bourg autrement :

- Bois Corail — un parcours artistique en libre accès à travers le village. Six étapes, dans un hôtel, des restaurants et l'office de tourisme, où peintres, photographes, illustrateurs, graveurs et sculpteurs ont exposé leurs œuvres.

- Les propositions de l'Office de Tourisme — dix activités pour explorer le village et le cirque de Salazie autrement : visites guidées, ateliers créoles, jeux de piste et animations.

Les trois jours du festival ont donné à voir le fruit de ces créations.

Thématique

artistique 2026

La thématique « Génération fertile »

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La thématique « Génération fertile » -

Ce thème invite également à réfléchir à ce qui pourrait renaître derrière les ruines d'un monde pollué, détruit, abîmé… Continuer avec le trouble, inventer des façons de faire parenté avec le vivant dans des environnements endommagés, réapprendre à coexister avec des présences multiples : tels sont les futurs possibles. Les écrits d'Anna Tsing sont en ce sens inspirants. Dans Le champignon de la fin du monde, on suit cette quête exploratoire qui ouvre de nouvelles possibilités d'habiter la Terre.

Le recouvrement fertile est alors une manière de penser l'art comme humus, comme terreau où se déposent des couches de mémoires, de savoirs, de déchets et de rêves, et d'où peut jaillir une vitalité nouvelle.

Arléo 2026 a donné aux artistes la possibilité de s'emparer de cette thématique pour interroger à la fois le territoire de Salazie et notre monde contemporain. Comment les couches d'histoire, de mémoire et de culture se superposent-elles et forment-elles une identité fertile ? Comment l'art peut-il donner à voir la mort et le renouveau, la disparition et la renaissance, dans des formes qui nourrissent l'esprit autant que le corps ? Comment représenter cette génération connectée, saturée d'images, mais aussi inventive, débordante, traversée par des désirs de connaissance et de renouveau ? Comment, enfin, imaginer des futurs qui prennent racine dans ce qui persiste au milieu des ruines, dans ce qui se régénère malgré la destruction et la pollution ?

Le festival s'est voulu un germoir, un terrain ouvert à toutes les formes de création, qu'elles recouvrent et dévoilent, qu'elles nourrissent et interrogent, qu'elles s'enracinent et se propagent. Il a fait de Salazie un laboratoire poétique et fertile, où les œuvres se sont déployées dans les espaces publics, les paysages, les cases et les écoles, pour révéler la richesse d'une génération qui ne cesse de croître et d'inventer. L'imaginaire, la connaissance et la création artistique sont ainsi devenus les conditions de notre fertilité commune, générant les couches nouvelles d'un futur que nous avons à écrire ensemble.

Du fond des ravines qui ceinturent les îlets jusqu'aux plus hautes falaises drapées de brume, entre les cases colorées et les grilles de fer forgé, le cirque de Salazie est indissociable d'une présence, à la fois familière et envahissante : le chouchou. Importée, acclimatée, cette plante a trouvé dans ce territoire un terrain d'élection. Elle s'est multipliée sans retenue, étendant lianes, feuilles et vrilles sur les parois rocheuses, les clôtures, les toitures et les jardins. Elle est devenue un signe distinctif du paysage, un élément incontournable de l'agriculture locale, mais aussi le symbole d'une nature qui envahit, qui recouvre et qui transforme. C'est cette ambivalence qui a inspiré Arléo 2026 et fondé la thématique « Génération fertile ».

Cette édition est venue interroger ce que recouvrir veut dire. Le recouvrement n'est pas seulement effacement ou disparition, il est aussi mémoire, stratification et fertilisation. Nombre de penseurs, dont Gilles Deleuze, Félix Guattari ou encore Édouard Glissant, posent l'identité non pas comme une racine unique mais comme un rhizome, un enchevêtrement vivant, une prolifération de relations et de strates qui s'accumulent sans jamais s'annuler. Le chouchou qui s'accroche, se propage et se régénère devient ainsi une métaphore puissante de nos propres constructions identitaires. Nous sommes faits de couches successives, de transmissions visibles et invisibles, d'héritages qui se recouvrent et qui nourrissent en silence ce que nous sommes aujourd'hui et constituent le terreau de notre avenir.

La « génération fertile » est celle qui naît et grandit dans cet enchevêtrement de connexions. Elle est confrontée à la mort et au renouveau, au recouvrement des mémoires effacées et à l'émergence d'imaginaires nouveaux. Elle est nourrie de multiples façons : par les récits transmis, par les nutriments de la terre, mais aussi par les flux numériques : les images et les savoirs fragmentés que portent les réseaux sociaux. Cette fertilité n'est pas seulement biologique ou matérielle, elle est aussi symbolique et spirituelle. Elle interroge ce que nous faisons de notre imagination, ce que nous construisons avec nos connaissances, et la manière dont nous préparons nos futurs.

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Crédit photo : GWAEL DESBONT